{"id":304,"date":"2021-06-10T12:00:00","date_gmt":"2021-06-10T10:00:00","guid":{"rendered":"http:\/\/lepap.eu\/?p=304"},"modified":"2024-12-10T15:40:52","modified_gmt":"2024-12-10T14:40:52","slug":"au-nom-de-papa-la-nouvelle-laureate","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/lepap.eu\/?p=304","title":{"rendered":"AU NOM DE PAPA, la nouvelle laur\u00e9ate"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Le Pap&rsquo; vous propose en int\u00e9gralit\u00e9 <a href=\"http:\/\/lepap.eu\/?p=300\">la nouvelle laur\u00e9ate de C\u00e9lia Daulon.<\/a><\/em> <em>Lecture.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p class=\"has-drop-cap\"><strong><span class=\"has-inline-color has-luminous-vivid-orange-color\">J\u2019<\/span><\/strong>aimais me dire que le Ciel abritait nos d\u00e9funts parents ; qu\u2019ils vivaient proches des \u00e9toiles&nbsp; et partageaient des conversations anim\u00e9es avec la Lune. J\u2019\u00e9tais persuad\u00e9 qu\u2019ils communiquaient avec&nbsp; nous gr\u00e2ce aux nuages, aux temp\u00eates et aux cyclones. Et ce jour-l\u00e0, d\u2019immenses nimbus flottaient au dessus de Richmond : un drame s\u2019appr\u00eatait \u00e0 se jouer.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Midi n\u2019avait pas encore sonn\u00e9 lorsque je poussai la porte du bureau de tabac du centre-ville.&nbsp; Mon corps r\u00e9clamait sa dose de nicotine journali\u00e8re, tandis que mes poches pratiquement vides&nbsp; priaient pour que je fasse demi-tour. Quand le g\u00e9rant m\u2019aper\u00e7ut, il attrapa un paquet de cigarettes&nbsp; derri\u00e8re lui. Il en profita pour mettre \u00e0 jour son calendrier, passant du six au sept juin 1967.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Il est mort<\/em>, pensai-je, am\u00e8rement.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je claquai les billets verts qu\u2019il me restait sur le comptoir, sans un mot pour le vieillard qui&nbsp; m\u2019adressait un sourire empli de piti\u00e9. Ce n\u2019\u00e9tait pas de la compassion ; il pouvait tenter de me&nbsp; comprendre, mais jamais il n\u2019y parviendrait. Les pieds au bord du Styx, j\u2019attendais que Charon&nbsp; m\u2019offre une place dans sa barque, sous les regards terrifi\u00e9s des habitants de la capitale de Virginie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019enfuis du petit commerce \u00e0 la h\u00e2te, le Diable aux trousses. J\u2019entendis tout de m\u00eame sa&nbsp; voix tra\u00eenante prononcer : \u00ab Terry&#8230; \u00bb. Si le vendeur d\u00e9sirait envoyer des banalit\u00e9s humiliantes au&nbsp; visage du premier idiot qui rentrait, il se trompait d\u2019imb\u00e9cile.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Quel personnage horripilant ! <\/em>consid\u00e9rai-je, acrimonieux.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mon statut de martyr m\u2019apportait l\u2019attention que je ne r\u00e9clamais plus.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mes enjamb\u00e9es agiles me conduisirent aux abords de la ville, devant la petite maison que&nbsp; j\u2019avais quitt\u00e9e trois ans plus t\u00f4t, la t\u00eate d\u00e9bordant de r\u00eaves irr\u00e9alisables. J\u2019attrapai le paquet de&nbsp; cigarettes puis coin\u00e7ai l\u2019instrument du cancer entre mes l\u00e8vres. De ma main droite, je caressai mes&nbsp; longs tiffes gomin\u00e9s, dans un geste m\u00e9canique ; le prix de la meilleure taffe revenait toujours \u00e0 la&nbsp; premi\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mes yeux s\u2019accroch\u00e8rent \u00e0 la bo\u00eete aux lettres caboss\u00e9e par mes coups de poings. Je m\u2019avan\u00e7ai&nbsp; vers elle, consum\u00e9 par la rage, avec l\u2019intention de terminer le travail commenc\u00e9 autrefois.&nbsp; Brusquement, je pris conscience qu\u2019elle regorgeait de courrier. Ma premi\u00e8re intention fut de br\u00fbler&nbsp; tous ces mots hypocrites et bien-pensants. Nonobstant, une lettre portant mon pr\u00e9nom attira mon&nbsp; attention.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Quel tocard s\u2019octroie le droit de m\u2019\u00e9crire ? <\/em>courrou\u00e7ai-je.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019essuyai ma main droite sur mon haut d\u00e9chir\u00e9 \u00e0 diff\u00e9rents endroits, puis saisis l\u2019enveloppe \u00e0&nbsp; mon nom. La premi\u00e8re chose qui me frappa fut le soin particulier de l\u2019\u00e9criture ; ces lettres raffin\u00e9es&nbsp; appartenaient \u00e0 mon fr\u00e8re jumeau. Une poigne de fer invisible enserra mon c\u0153ur violemment,&nbsp; bloquant mes entr\u00e9es d\u2019air. Mais je ne pleurai pas. Pas m\u00eame quand mon monde s\u2019effondra. Je ne&nbsp; pleurais jamais.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je m\u2019assis sur le trottoir, au milieu des fleurs fan\u00e9es qui si\u00e9geaient au pied de la bo\u00eete aux&nbsp; lettres. Avec une curiosit\u00e9 non feinte, j\u2019ouvris l\u2019enveloppe avec minutie. Je n\u2019attendis pas longtemps&nbsp; avant d\u2019avoir la confirmation de l\u2019exp\u00e9diteur : Dean achevait sa missive avec sa signature emplie de&nbsp; gr\u00e2ce.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019il attribuait aux mots un pouvoir miraculeux, j\u2019accordais aux actes la supr\u00e9matie : cette lettre&nbsp; n\u2019expierait jamais ses p\u00each\u00e9s.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Alors que j\u2019inhalai une grande goul\u00e9e d\u2019oxyg\u00e8ne, je commen\u00e7ai ma lecture : \u00ab <em>Six Juin 1967.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Terry,&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Tu risques de r\u00e9duire cette lettre en cendres. Cependant, laisse-moi te prouver que je ne suis&nbsp; pas aussi mauvais que tu le penses, que mes motifs n\u2019\u00e9taient pas purement \u00e9go\u00efstes. Je t\u2019\u00e9cris ces&nbsp; mots dans un dernier souhait de r\u00e9tablir la v\u00e9rit\u00e9. J\u2019ai accept\u00e9 mon sort. La chaise \u00e9lectrique ne me&nbsp; p\u00e9trifie plus.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Avant de continuer, il faut que tu saches que je ne regrette pas mon geste, et que l\u2019amour m\u2019a&nbsp; enti\u00e8rement guid\u00e9.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Notre vie commen\u00e7a \u00e0 d\u00e9raper lorsque tu quittas la maison, \u00e0 la d\u00e9couverte de la beaut\u00e9 du&nbsp; monde. Cette v\u00e9nust\u00e9 dont nous \u00e9tions priv\u00e9s depuis toujours, enferm\u00e9s dans ces quartiers sales, r\u00e9gis&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>par la loi du plus fort. Papa et moi ne t\u2019en avons jamais voulu. Tu te lib\u00e9rais des cha\u00eenes de la soci\u00e9t\u00e9&nbsp; tyrannique. Tu as toujours \u00e9t\u00e9 cet anarchiste que j\u2019admirais, dont j\u2019idol\u00e2trais les qualit\u00e9s et v\u00e9n\u00e9rais&nbsp; les d\u00e9fauts. Tu n\u2019avais rien \u00e0 envier aux protagonistes de mes romans h\u00e9ro\u00efques.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Enfant, d\u00e9j\u00e0, l\u2019injustice te d\u00e9bectait. Avec toi, le combat n\u2019\u00e9tait jamais vain. Soit tu finissais&nbsp; vainqueur, soit il ne s\u2019achevait pas. Papa ne cessait de r\u00e9p\u00e9ter, \u00e0 qui voulait bien l\u2019entendre, que tu&nbsp; accomplirais de grandes choses. Et moi, je jalousais ton sang-froid \u00e0 toute \u00e9preuve, en d\u00e9pit de tout&nbsp; l\u2019amour que je te portais. J\u2019\u00e9tais incapable de r\u00e9pondre sans bafouiller, quand tu \u00e9crasais de ta&nbsp; pr\u00e9sence tous ceux qui se trouvaient en p\u00e9riph\u00e9rie. Nous \u00e9tions deux corps identiques, avec des \u00e2mes&nbsp; compl\u00e9mentaires.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je ne dormais plus, je ne mangeais plus : tu avais arrach\u00e9 une partie de moi en partant. Je&nbsp; me suis longtemps demand\u00e9 si tu ressentais la m\u00eame chose, mais un \u00e9lectron libre n\u2019a besoin de rien&nbsp; ni de personne pour se sentir \u00e0 sa place. Moi, je m\u2019accrochais \u00e0 toi comme une hu\u00eetre \u00e0 son rocher,&nbsp; parce que toi et Papa \u00e9tiez mes piliers, mon monde, mon tout. J\u2019\u00e9tais convaincu que l\u2019Univers ployait,&nbsp; face \u00e0 nous trois. Qu\u2019il manquait de ressources pour nous diviser. Pourtant, il accomplit bien pire :&nbsp; notre destruction.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je ne travaillais pas. Papa se tuait \u00e0 la t\u00e2che pour nous deux. Chaque jour, je m\u2019approchais&nbsp; du gouffre sans fond de la d\u00e9pression. Avant que je ne chute, Papa tomba gravement malade. Ch\u00e9tif&nbsp; et rachitique, j\u2019endossai le r\u00f4le qui t\u2019incombait : celui de chef de famille. Je l\u2019accompagnai dans son&nbsp; \u00e9prouvante agonie, supportai ses d\u00e9lires suicidaires, et le suivit dans sa lente descente aux enfers.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Quand des tumeurs malignes commenc\u00e8rent \u00e0 comprimer la moelle osseuse de sa colonne&nbsp; vert\u00e9brale, je perdis tout espoir de gu\u00e9rison miracle. Mon salaire mis\u00e9rable de gar\u00e7on de caf\u00e9 arrivait&nbsp; tout juste \u00e0 couvrir les honoraires exorbitants du m\u00e9decin g\u00e9n\u00e9raliste. Chaque fois que j\u2019\u00e9mettais&nbsp; l\u2019hypoth\u00e8se de toucher aux \u00e9conomies, Papa refusait cat\u00e9goriquement. Selon lui, notre avenir valait&nbsp; bien plus que sa propre vie. Mais t\u00eatu comme personne, il n\u2019a jamais compris que notre futur, c\u2019\u00e9tait&nbsp; lui. <\/em>\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je ne contr\u00f4lai pas le sourire triste qui s\u2019infiltra sur mes l\u00e8vres, tel un parasite affam\u00e9. Je ne&nbsp; r\u00e9ussissais jamais \u00e0 lui faire entendre raison. Pourtant, le Ciel savait que ma d\u00e9termination sans faille&nbsp; et mon argumentation d\u00e9pourvue de d\u00e9fauts \u00e9galaient celles d\u2019un avocat exp\u00e9riment\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>M\u2019adossant au poteau portant de la bo\u00eete aux lettres, je tentai de me souvenir des instants de&nbsp; bonheur dans ma pi\u00e8tre vie de rebut de la soci\u00e9t\u00e9. Avec une douleur exquise, des \u00e9chardes me&nbsp; rentr\u00e8rent dans le dos, au travers du tissu fin de mon <em>Marcel <\/em>\u00e9lim\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Me revinrent en m\u00e9moire les soir\u00e9es interminables autour de la table basse, \u00e0 jouer aux cartes,&nbsp; d\u00e9battant de la beaut\u00e9 d\u2019Elizabeth Taylor et du charme d\u2019Audrey Hepburn ; les longues nuits au drive in avec les copains, un \u00e9ni\u00e8me visionnage de <em>La Fureur de Vivre <\/em>au palmar\u00e8s ; ou encore l\u2019odeur&nbsp; d\u00e9licieuse des pancakes fra\u00eechement cuits, les matins de f\u00eates.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je me rendis subitement compte que je n\u2019avais pas \u00e9t\u00e9 heureux depuis mon d\u00e9part pr\u00e9matur\u00e9&nbsp; de la maison et que j\u2019avais inconsciemment d\u00e9pouill\u00e9 mon p\u00e8re et Dean de leur hormone de bonheur,&nbsp; les privant de la dopamine quotidienne n\u00e9cessaire \u00e0 chaque \u00eatre humain.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Si je m\u00e9rite d\u2019\u00eatre flagell\u00e9 et humili\u00e9 au centre de la place publique, Dean, toi, tu es digne&nbsp; d\u2019une mort lente et douloureuse, au fond d\u2019une cave humide et lugubre, pour avoir os\u00e9 t\u2019approprier&nbsp; son dernier souffle ! <\/em>jugeai-je, les effluves de la col\u00e8re p\u00e9n\u00e9trant de nouveau mes veines.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Press\u00e9 d\u2019achever la lecture de cette missive qui me br\u00fblait les doigts et le c\u0153ur, je m\u2019y&nbsp; replongeai :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab <em>Peu de temps plus tard, ses membres se paralys\u00e8rent, le condamnant \u00e0 la t\u00e9trapl\u00e9gie. Il ne souhaitait pas que tu le voies. Il voulait que tu gardes de lui, l\u2019image de l\u2019homme fort et&nbsp; en pleine sant\u00e9 que tu connaissais. La piti\u00e9 le d\u00e9bectait et il a toujours vu une forme d\u2019hypocrisie&nbsp; dans la compassion que le monde lui t\u00e9moignait. Le nombre de personnes qui se rappel\u00e8rent de notre&nbsp; existence quand Papa s\u2019appr\u00eatait \u00e0 toquer aux portes de la mort fut impressionnant. Notre p\u00e8re&nbsp; d\u00e9cha\u00eenait les foules. La reine d\u2019Angleterre pouvait courir se rhabiller !&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c0 ma place, tu les aurais escort\u00e9s jusqu\u2019\u00e0 la porte avec une v\u00e9h\u00e9mence qui t\u2019est propre.&nbsp; Seulement, je ne suis pas toi. Au lieu de me montrer fort pour lui, les torrents de larmes coulaient de&nbsp; mes yeux, chaque fois que je m\u2019isolais, se d\u00e9versant sur la peau diaphane de mes joues squelettiques.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>De multiples fois, je m\u2019assis sur le canap\u00e9, avec l\u2019id\u00e9e de t\u2019\u00e9crire une lettre. Chaque jour, je&nbsp; te suppliais de nous lancer ta divine corde, pour nous aider \u00e0 remonter le gouffre au fond duquel&nbsp; nous avions d\u00e9gringol\u00e9. Toi, le jumeau prodigue. Toi, le sauveur. Toi, le h\u00e9ros. Mes pri\u00e8res rest\u00e8rent sans r\u00e9ponse ; ce n\u2019\u00e9tait jamais toi derri\u00e8re la porte.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Peu \u00e0 peu, Papa s\u2019enferma irr\u00e9vocablement dans ses d\u00e9lires suicidaires, devenant une&nbsp; v\u00e9ritable obsession. Il r\u00e9clamait de mourir. Je ne comprenais pas sa l\u00e2chet\u00e9, au d\u00e9part. Il m\u2019avait&nbsp; habitu\u00e9 \u00e0 des luttes plus acharn\u00e9es. Je ne comprenais pas quel combat il choisissait de mener. Je me&nbsp; demandais sans cesse ce que tu aurais fait \u00e0 ma place. Choisirais-tu le sacrifice de c\u00e9der \u00e0 ses&nbsp; suppliques d\u00e9chirantes ? Ou soul\u00e8verais-tu le monde pour rem\u00e9dier \u00e0 ses folies meurtri\u00e8res ? La&nbsp; r\u00e9ponse se pr\u00e9senta \u00e0 moi dans un souffle glacial : tu n\u2019abandonnerais pas sans te battre.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Pourtant, j\u2019envisageai la solution de facilit\u00e9. Je n\u2019ai jamais \u00e9t\u00e9 vaillant. Tu as absorb\u00e9 tout le&nbsp; courage de nous deux.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Au d\u00e9but, je m\u2019\u00e9c\u0153urais de songer \u00e0 abr\u00e9ger ses souffrances. Je retirais volontairement&nbsp; l\u2019aimant de ma boussole, d\u00e9traquais mon orientation et broyais mon c\u0153ur dans ma poitrine. Mes derni\u00e8res croyances religieuses s\u2019effondr\u00e8rent. Pour moi, Dieu n\u2019existait plus. Il&nbsp; m\u2019arrachait chacune des personnes auxquelles je tenais. D\u2019abord Maman, puis toi, pour terminer&nbsp; par Papa.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Mon requiem arrivait \u00e0 ses derniers accords. Les notes graves d\u2019une fin pernicieuse \u00e9clat\u00e8rent&nbsp; le silence de mes nuits d\u2019insomnies. Tant pis si mon acte ferait de moi un criminel. Tant pis si tu m\u2019en&nbsp; veux. Tant pis pour la vie. Je c\u00e9dais \u00e0 l\u2019amour. <\/em>\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La lettre m\u2019\u00e9chappa. J\u2019avais pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 faire confiance aux mensonges des journaux, plut\u00f4t qu\u2019\u00e0&nbsp; mon fr\u00e8re. Que pensait-il de moi ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je levai mon visage vers le ciel dont les nuages se d\u00e9gageaient, emportant ma rage avec eux.&nbsp; Je ne m\u00e9ritais pas son amour. Son dernier v\u0153u, il me le d\u00e9diait. Je compris l\u2019importance qu\u2019il&nbsp; accordait aux mots. Ils apaisent quand les actes r\u00e9parent. Pour lib\u00e9rer Papa de la prison qu\u2019\u00e9tait&nbsp; devenu son propre corps, Dean avait renonc\u00e9 \u00e0 ses r\u00eaves, \u00e0 ses combats et \u00e0 sa vie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le soleil brillait au-dessus de ma t\u00eate, les fleurs fan\u00e9es sentaient la mort, et moi, je hurlais&nbsp; pardon. Je me d\u00e9voilais enfin.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ces ann\u00e9es pass\u00e9es sur les routes \u00e0 vagabonder, \u00e0 s\u2019ali\u00e9ner \u00e0 de mauvaises personnes pour&nbsp; survivre, ne servirent qu\u2019\u00e0 conforter l\u2019id\u00e9e que lorsque nous naissions du mauvais c\u00f4t\u00e9, nous vivions&nbsp; dans les bas-fonds, pour mourir entre deux poubelles de restaurant.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Changer le monde ? Ton fils prodigue te rend-il aussi fier que tu le pensais ? Regarde le&nbsp; tocard qu\u2019il est devenu, Papa ! \u00bb criai-je au Ciel, les larmes s\u2019\u00e9chouant sur mes pommettes, pour la&nbsp; premi\u00e8re fois.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Bon Dieu, je pleurais ! Les sentiments que je ne parvenais pas \u00e0 exprimer avec des mots&nbsp; s\u2019\u00e9coulaient de mes yeux. C\u2019\u00e9tait si bon. Bien meilleur que la premi\u00e8re taffe d\u2019une <em>New Port <\/em>ou qu\u2019un&nbsp; western avec John Wayne. Je ne sentais plus les entraves qui m\u2019enserraient les chevilles. N\u00e9anmoins,&nbsp; le poing autour de mon c\u0153ur ne rel\u00e2chait pas sa prise.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La poitrine comprim\u00e9e par la culpabilit\u00e9 et le deuil, je ramassai la lettre, impatient de&nbsp; m\u2019abreuver de la v\u00e9rit\u00e9. Je suais \u00e0 grosse gouttes, j\u2019avais faim et soif, pourtant je ne d\u00e9sirais rien&nbsp; d\u2019autre que me laisser envahir par la myriade de passions qui m\u2019animait.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Je ramassai la feuille de mes deux mains tremblantes, puis repris :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab <em>J\u2019annon\u00e7ai \u00e0 Papa que j\u2019acc\u00e9dais \u00e0 sa requ\u00eate d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e, le premier f\u00e9vrier 1965, au matin.&nbsp; Ses yeux s\u2019illumin\u00e8rent. Ils s\u2019\u00e9clair\u00e8rent \u00e0 l\u2019id\u00e9e de mourir, de nous quitter sans te laisser&nbsp; l\u2019opportunit\u00e9 de lui dire au revoir.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>\u00c0 l\u2019heure de l\u2019ouverture des commerces, je pris cong\u00e9 de Papa, lui jurant de revenir avec le&nbsp; n\u00e9cessaire. Je me creusai la t\u00eate pour trouver l\u2019arme de la mort la plus indolente, celle qui lui&nbsp; permettrait de partir doucement. L\u2019id\u00e9e de l\u2019overdose de m\u00e9dicaments s\u2019introduisit dans mon cerveau,&nbsp; tel un poison acari\u00e2tre et habile. Je me r\u00e9pugnais de ressembler dangereusement \u00e0 Jack L\u2019\u00c9ventreur.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le chemin jusqu\u2019\u00e0 la pharmacie ne me parut pas durer assez longtemps. Je n\u2019\u00e9tais pas&nbsp; pr\u00e9par\u00e9 \u00e0 commettre mon premier d\u00e9lit. En d\u00e9pit de tous mes d\u00e9fauts, la d\u00e9linquance n\u2019en faisait pas&nbsp; partie. La soci\u00e9t\u00e9 me consid\u00e9rait peut-\u00eatre comme la mauvaise herbe de son magnifique jardin&nbsp; fran\u00e7ais, malgr\u00e9 tout, je ne d\u00e9sob\u00e9issais jamais \u00e0 la loi.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Me r\u00e9p\u00e9tant que mes actes \u00e9taient conditionn\u00e9s par l\u2019amour d\u00e9mesur\u00e9 que je portais \u00e0 Papa,&nbsp; je marchai comme un condamn\u00e9 dans les rues de Richmond.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Lorsque j\u2019entrai \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la pharmacie, ce fut si facile de d\u00e9rober les m\u00e9dicaments que&nbsp; mon c\u00f4t\u00e9 m\u00e9fiant se r\u00e9veilla instantan\u00e9ment. Ma prudence quant \u00e0 tous les mouvements que&nbsp; j\u2019ex\u00e9cutais et les paroles que je pronon\u00e7ais, m\u2019avertit que je venais de signer un contrat avec la mort.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Afin de tromper la surveillance de l\u2019apothicaire, je demandai un sirop qui se trouvait dans le&nbsp; fond de la boutique. Je subtilisai de multiples bocaux de m\u00e9dicaments, puis m\u2019enfuis \u00e0 en perdre&nbsp; haleine. Mon adr\u00e9naline pulsait dans mes veines. Tu te serais sans doute moqu\u00e9 de moi. Mon allure&nbsp; d\u00e9gingand\u00e9e et mon apparence juv\u00e9nile d\u00e9tonnaient avec le crime que je m\u2019appr\u00eatais \u00e0 commettre&nbsp; de sang-froid.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je souhaitais que Papa s\u2019endorme sans remords. N\u00e9anmoins, il \u00e9tait parfaitement conscient&nbsp; qu\u2019il abandonnait ses deux gar\u00e7ons. \u00c0 travers moi, tu vivais avec lui. Je m\u2019\u00e9vertuais \u00e0 ce que nos&nbsp; souvenirs r\u00e9sident entre nos murs et dans nos c\u0153urs.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Une dose pharaonique de d\u00e9puratifs, d\u2019antalgiques et de potions diverses aval\u00e9e, il riva son&nbsp; regard au mien, se languissant d\u2019\u00eatre enfin lib\u00e9r\u00e9 d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 qui ne lui convenait plus. Lors de cet&nbsp; instant suspendu dans le temps, je discernai, au loin, le bruit distinct des sir\u00e8nes de police.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les derniers mots de Papa fendirent le silence relatif de la pi\u00e8ce : \u00ab Je m\u2019excuse d\u2019\u00eatre si&nbsp; \u00e9go\u00efste. Vous m\u2019\u00eates si pr\u00e9cieux, toi et ton fr\u00e8re. Vous \u00eates fa\u00e7onn\u00e9s dans ce m\u00eame bois imparfait et&nbsp; votre loyaut\u00e9 envers moi ne cessera jamais de me combler. Je suis si fier de vous et de ce que vous&nbsp; accomplirez. Parce que j\u2019en suis persuad\u00e9, mes fils, vous r\u00e9volutionnerez le monde, et je d\u00e9cha\u00eenerai&nbsp; le Ciel pour vous applaudir. \u00bb&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ses organes s\u2019immobilis\u00e8rent un \u00e0 un. Il emporta avec lui mon \u00e2me et mes ambitions. <\/em>\u00bb J\u2019assignais \u00e0 Dean le courage qu\u2019il refusait de s\u2019octroyer. L\u2019unique crime pour lequel il \u00e9tait&nbsp; en droit de plaider coupable, fut celui d\u2019aimer Papa plus que sa propre vie. Il avait fait fi des questions&nbsp; morales que son geste soulevait. Il avait arrach\u00e9 la rame de Charon, avait conduit la barque de l\u2019autre&nbsp; c\u00f4t\u00e9 du fleuve fangeux, se condamnant \u00e0 suivre mon p\u00e8re proche des abysses du Tartare. <em>Dean, tu es le h\u00e9ros de notre histoire. Le sauveur que tu percevais dans mon regard, n\u2019\u00e9tait&nbsp; que le reflet de ta propre grandeur<\/em>, songeai-je, \u00e9mu.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et moi, j\u2019errais dans des villes ternes, \u00e0 la poursuite vaine d\u2019un bonheur similaire \u00e0 celui que&nbsp; je poss\u00e9dais \u00e0 Richmond. La bile de culpabilit\u00e9 me remonta dans la gorge, accompagn\u00e9e de&nbsp; suppositions creuses et de regrets d\u00e9chirants. Une liste de \u00ab et si \u00bb surchargea mon cerveau. Une&nbsp; introspection m\u2019apparaissait vitale pour ne pas me laisser consumer par le maelstrom de sentiments&nbsp; qui faisait rage en moi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Avant de m\u2019effondrer, je r\u00e9unis chacune de mes derni\u00e8res forces &#8211; mentales et physiques &#8211; pour distinguer le tintement profond du glas.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab <em>Je l\u2019ai conduit \u00e0 sa r\u00e9demption et je sais que de l\u00e0-haut ou d\u2019ici-bas, il me couvre de&nbsp; gratitude. Je me suis enfin pardonn\u00e9, Terry. Maintenant que mon tour est arriv\u00e9 de rejoindre nos&nbsp; parents, je ne ressens plus aucune peur, plus aucune incertitude. Mon r\u00f4le sur Terre est d\u00e9finitivement&nbsp; termin\u00e9.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Comme tu t\u2019en doutes, les sir\u00e8nes de polices que je percevais, s\u2019approch\u00e8rent de la maison.&nbsp; Les voitures se gar\u00e8rent \u00e0 la h\u00e2te devant notre bo\u00eete aux lettres, mais je ne fis rien. Je les attendis&nbsp; devant le lit de Papa, assis sur la chaise en bois inconfortable de sa chambre. La porte s\u2019ouvrit avec&nbsp; fracas. Des hommes en uniforme me menott\u00e8rent, quand mes yeux crois\u00e8rent le regard si particulier&nbsp; de Kenneth. Tu te souviens, le gar\u00e7on pugnace qui adorait te d\u00e9fier avec ses coups de pieds meurtriers&nbsp; et ses jugements arr\u00eat\u00e9s. J\u2019appris plus tard qu\u2019il m\u2019avait d\u00e9nonc\u00e9 pour le vol \u00e0 la pharmacie. Crois\u00e9&nbsp; dans une rue lors de ma fuite : voil\u00e0 ce qu\u2019il racontait dans sa d\u00e9position.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Le proc\u00e8s fut bref. Toutes preuves \u00e0 l\u2019appui, le juge me condamna \u00e0 la peine maximale pour&nbsp; meurtre avec pr\u00e9m\u00e9ditation. Nous vivions en Virginie, apr\u00e8s tout. La chaise \u00e9lectrique frissonnait&nbsp; d\u2019excitation ; une nouvelle victime s\u2019inscrivait sur sa liste d\u2019attente.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Les murs inqui\u00e9tants de la prison m\u2019accompagn\u00e8rent jusqu\u2019\u00e0 ma cellule. Mon uniforme, d\u2019un&nbsp; bleu p\u00e9trole d\u00e9lav\u00e9, me grattait l\u00e9g\u00e8rement et les gardiens omettaient la gentillesse avec les d\u00e9tenus.&nbsp; Je ne faisais pas exception \u00e0 la r\u00e8gle.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ce qui me manqua le plus, lors de mon s\u00e9jour, ce fut toi et la <\/em>gomina<em>. Je poss\u00e9dais davantage&nbsp; la coupe de cheveux de Jimi Hendrix que le charisme de James Dean.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je me tenais tranquille. Je ne parlais \u00e0 personne afin d\u2019\u00e9viter les passages \u00e0 tabac, tels que&nbsp; ceux dont j\u2019avais \u00e9t\u00e9 t\u00e9moin plusieurs fois depuis le d\u00e9but de mon incarc\u00e9ration. Les jours&nbsp; s\u2019\u00e9grenaient difficilement, mon r\u00eave de devenir \u00e9crivain s\u2019envolait et aucune nouvelle de toi ne me&nbsp; parvenait. Pourtant, j\u2019attendais patiemment que vienne mon tr\u00e9pas.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Une semaine avant l\u2019\u00e9lectrocution, je demandai des feuilles et de quoi \u00e9crire, lorsqu\u2019un&nbsp; gardien passa devant ma cellule. Il m\u2019apporta le n\u00e9cessaire. Je commen\u00e7ai \u00e0 t\u2019\u00e9crire, priant pour&nbsp; que tu re\u00e7oives mes mots.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Il me reste une heure avant de m\u2019asseoir sur mon avenir. Je vais faire vite.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Derri\u00e8re la plinthe, \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de la commode en bois, dans notre chambre, tu trouveras nos&nbsp; \u00e9conomies. Elles te reviennent. Prends-les et change le monde. Bats-toi contre l\u2019in\u00e9galit\u00e9 et&nbsp; l\u2019injustice ! Apporte un futur \u00e0 l\u2019espoir. Tu es fait pour lutter, Terry. D\u00e9place le globe si c\u2019est&nbsp; n\u00e9cessaire. Ach\u00e8te une voiture, apprends \u00e0 la conduire, puis d\u00e9marre. Vis, tout simplement. Fais-le&nbsp; pour Maman, Papa et moi, parce que nous existerons \u00e0 travers toi. Je suis fier d\u2019\u00eatre n\u00e9 quatre&nbsp; minutes apr\u00e8s toi et j\u2019esp\u00e8re avoir honor\u00e9 l\u2019amour que vous me portez.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Je t\u2019aime, Terry.&nbsp;<\/em><\/p>\n\n\n\n<p><em>Ton fr\u00e8re jumeau, Dean. <\/em>\u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019amour l\u2019avait pouss\u00e9 dans les bras de la mort avant que je tente de l\u2019en extraire. <em>Il est mort<\/em>, pensai-je, accabl\u00e9.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mon chagrin d\u00e9vastateur m\u2019emp\u00eachait de me pr\u00e9cipiter dans la maison. La perte de mes&nbsp; proches fut le douloureux rappel que je continuais de respirer, et que l\u2019organe dans ma poitrine n\u2019avait&nbsp; pas cess\u00e9 de battre.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>J\u2019admirais le Ciel ; ma d\u00e9funte famille y demeurait. Je promis de vivre, d\u2019\u00e9craser les vices de&nbsp; la soci\u00e9t\u00e9 pour l\u2019avenir des autres Papa, des imminents Dean et des prochains moi, ainsi que de&nbsp; r\u00e9veiller l\u2019esp\u00e9rance endormie au fond des c\u0153urs meurtris.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le temps m\u2019aiderait \u00e0 prendre l\u2019ascendant sur les continents. J\u2019allais conqu\u00e9rir le monde, avec&nbsp; le seul pouvoir dont je disposais : ma propre histoire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La nervosit\u00e9 avait la f\u00e2cheuse tendance \u00e0 me titiller aux pires moments. Je relevai la manche&nbsp; de ma veste de costume, puis jetai un coup d\u2019\u0153il \u00e0 ma montre : dix heures cinquante-cinq. Ma jambe&nbsp; gauche tressautait sous le bureau. Le brouhaha provoqu\u00e9 par mes coll\u00e8gues s\u2019intensifiait de minute&nbsp; en minute.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Ma basse-cour de pr\u00e9dilection ! Regardez-moi ce poulailler qui bataille sur les plus belles&nbsp; plumes de l\u2019Assembl\u00e9e ! <\/em>raillai-je, balayant la salle du regard.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mon projet de loi cr\u00e9ait un v\u00e9ritable soul\u00e8vement parmi les membres du S\u00e9nat. Certes, j\u2019avais&nbsp; instaur\u00e9 de nombreuses aides dans les quartiers modestes et les foyers pour handicap\u00e9s de Virginie,&nbsp; mais ce jour-l\u00e0 je m\u2019attaquais \u00e0 plus coriace. Les avis partageaient les foules. Je rencontrais de&nbsp; puissantes r\u00e9sistances du c\u00f4t\u00e9 des partis conservateurs, qui ne l\u00e2chaient pas l\u2019os. Toutefois, je n\u2019avais&nbsp; pas encore sorti les crocs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Quand l\u2019aiguille indiqua onze heures pile, je me levai, imposant le silence dans l\u2019assistance.&nbsp; Je pris la parole, ouvrant le d\u00e9bat :&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab Je d\u00e9clare l\u2019Assembl\u00e9e du neuf janvier 1983, ouverte. Les opinions sur le projet d\u2019abolition&nbsp; de la peine de mort peuvent \u00eatre partag\u00e9es. \u00bb&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><strong>C\u00e9lia DAULON<\/strong><\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Le Pap&rsquo; vous propose en int\u00e9gralit\u00e9 la nouvelle laur\u00e9ate de C\u00e9lia Daulon.<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[40,7,10,5,6],"tags":[],"class_list":["post-304","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-archives","category-culture","category-france","category-journal","category-lycee"],"views":414,"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/lepap.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/304","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/lepap.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/lepap.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lepap.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/lepap.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=304"}],"version-history":[{"count":2,"href":"https:\/\/lepap.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/304\/revisions"}],"predecessor-version":[{"id":309,"href":"https:\/\/lepap.eu\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/304\/revisions\/309"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/lepap.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=304"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/lepap.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=304"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/lepap.eu\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=304"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}