Bibliothèque universitaire, Harvard (source : flickr selon la licence)

Nouveau récit de notre écrivain en herbe. Première partie.

Dans la prestigieuse université d’Harvard à Cambridge, une salle était si silencieuse que l’on ne pouvait entendre que le frottement des stylos sur les feuilles. Le moindre murmure pouvait faire perdre toute la concentration accumulée en un instant. Et pour cause, les étudiants de cette salle étaient en train de passer un test de physique et de mathématiques particulièrement ardu. Celui-ci avait été élaboré par William Carleton, l’un des, si ce n’est le plus grand physicien du monde. Récompensé de nombreuses fois par des prix et des récompenses, il avait sans nul doute fait avancer l’histoire de la physique dans le monde. Il avait confirmé des théories tenues en échecs depuis des siècles et à l’inverse, avait invalidé des théories provenant de savants très éminents. Son plus grand travail, sa plus grande œuvre était sa thèse sur l’espace et le temps. Dans cette thèse, Carleton a soigneusement prouvé que si l’espace et le temps étaient bien liés comme l’a affirmé Albert Einstein en son temps, il n’en reste pas moins deux concepts distincts qui possèdent leurs propres caractéristiques et surtout, leur propre dimension. Cette thèse a été longuement controversée mais a finalement été reconnue en 2176. Après plusieurs années de recherche, Carleton stoppa sa carrière dans cette activité à l’âge de 42 ans et se reconvertit en professeur d’université. Personne n’a pu comprendre ce changement alors qu’une carrière brillante l’attendait et qu’il égalait déjà les plus grands physiciens de son époque. 

C’est ce même physicien qui faisait passer un test d’université et qui lança nonchalamment :

« Il reste cinq minutes ! »

Le bruit des stylos sembla s’accentuer, les élèves luttant pour résoudre le maximum de problèmes qu’ils pouvaient. En regardant sa vieille montre à aiguilles, Carleton se demanda :

« Tout de même… Est-ce que je n’ai pas exagéré avec le dernier problème ? »

Sans qu’il s’en rende compte, l’horloge sonna midi et les étudiants furent forcés de poser leurs stylos. Si certains étaient soulagés que le test soit finalement fini, la plupart soupiraient et pestaient contre le test. En sortant, un groupe d’étudiants interpellèrent Carleton. Celui-ci se retourna en souriant et demanda :

« Alors, qu’avez-vous pensé du test ?

Eh bien, je pense avoir réussi la majorité, commença l’un d’entre eux, mais je n’ai pas du tout compris le dernier problème. »

Les autres confirmèrent ce sentiment de difficulté excessif concernant le dernier problème. Carleton ne put s’empêcher de sourire face à ce mécontentement général et répondit :

« Eh bien, attendez d’avoir les résultats avant de crier au scandale. »

Il les laissa éberlués et se dirigea vers le réfectoire où il comptait corriger les devoirs. En arrivant, il prit un menu sans s’occuper de ce qu’il contenait et se dirigea vers sa table favorite. Au premier étage, une table pour deux personnes se trouve isolée des autres par un mur mais donne une vie imprenable sur le campus. Il s’assit, tout en pensant qu’il était sûrement ridicule d’avoir de telles habitudes à son âge mais qu’il ne pouvait s’en empêcher. En jetant un œil à son menu, il s’aperçut qu’il ne s’agissait que d’un ensemble de légumes accompagnés d’un simple morceau de viande. Un repas maigre mais qui remplissait parfaitement ses besoins. Tout en mangeant distraitement, il sortit de son sac, la pile de copies qui l’attendait. Corriger était un travail éprouvant car cela nécessitait d’être pleinement concentré à chaque instant pour trouver quelques raisonnements intéressants ou au contraire quelques erreurs, pouvant influencer d’un simple demi-point la note. Et il ne s’agissait que d’un travail pour une seule copie. Aujourd’hui, 50 copies étaient à corriger. Carleton sortit son stylo et commença à entourer des éléments sur les copies. Il perdit le fil du temps, uniquement plongé dans des équations mathématiques. Il ne s’arrêta que deux heures plus tard, lorsque 15 heures furent annoncées. Il s’apprêtait à finir la dernière copie quand un élément l’arrêta. Il ne put s’empêcher de prononcer :

« Eh bien, c’est inattendu… »

Sans un mot de plus, il se replongea dans la copie, délaissant les classes qui l’attendaient. Tous les élèves avaient échoué au dernier problème. Si certains courageux ont développé des hypothèses et des équations, celles-ci sont malheureusement incorrectes. Et pour cause, ce problème était extrêmement complexe, même pour des chercheurs et des mathématiciens renommés. Il portait sur un paradoxe que la thèse que Carleton avait soulevé des années plus tôt, qui faisait toujours polémique et dont les nuances étaient impossibles à saisir pour des étudiants, même très prometteurs. Le problème avait, en réalité, pour but d’être impossible afin de démontrer que même les plus grandes sciences avaient leur limite et qu’il restait de nombreuses possibilités à étudier avant d’en percer tous les secrets. Le problème était noté sur un demi-point pour ne pas pénaliser les étudiants mais impactait la note malgré tout. Et pourtant, sous les yeux ébahis de Carleton, une copie parfaite se dressait. Aucune faute, aucune erreur, aucun détail manqué, plus Carleton la regardait, moins il pouvait la critiquer. L’élève avait résolu le paradoxe en une longue explication mais qui paraissait si simple maintenant qu’il l’avait sous les yeux que Carleton ne put s’empêcher de rire de toutes ses forces. La réponse qu’il attendait. La réponse qu’il avait cherché pendant une dizaine d’années se trouvait sous ses yeux, tenant sur une dizaine de lignes. Après avoir retrouvé ses esprits, Carleton retourna la copie pour découvrir le nom de ce génie mais s’aperçut qu’aucun nom ne s’y trouvait. Il entreprit alors de comparer les noms de chaque copie qu’il possédait avec ceux de ces classes dans l’espoir de découvrir celui qui n’avait pas voulu marquer son nom. Tous les élèves avaient bien rendu leur copie, pas une ne manquait. Carleton fut forcé de reconnaître qu’il ne pouvait tout simplement pas trouver le nom de cet individu. Il ramassa ses affaires en hâte, laissa son plateau à sa table et courut vers le campus pour espérer trouver des réponses. Peut-être que cet inconnu l’attendait devant la salle où il avait cours pour lui parler, afin de confronter son génie à celui de Carleton. C’était un espoir fou mais Carleton y crut. Il courut durant de longues minutes qui paraissaient des heures, tant il était pressé d’obtenir la réponse à ses questions. Mais, lorsqu’il arriva, personne ne l’attendait, un grand sourire légèrement arrogant comme il s’y attendait. La classe qu’il devait prendre était déjà partie, pensant sûrement à une absence du professeur. Carleton était perdu. Il ne savait plus que dire, que faire. Mais, il était certain d’une chose. Il devait absolument trouver cet étudiant. Car, son salut, sa réponse l’attendait mais également car la théorie de cet étudiant pouvait changer la face des mathématiques, de la physique, mais également, du monde tout entier…

A suivre

G.P.