Notre poète revient après une longue disette voici un hymne à ces beaux jours qui reviennent.

Alors profitez :

Le retour des beaux jours

Voici que le ciel saigne en azur trop limpide,
Comme un vin trop pur versé dans l’infini,
Et mon âme, ivre encor d’un hiver insipide,
S’égare en des parfums qu’elle avait bannis.

Les rues ont des frissons de chair ressuscitée,
Chaque pierre exhale un soupir oublié,
Et la sève, en secret, monte en fièvre exaltée
Dans les corps engourdis que le froid a pliés.

Ô printemps vénéneux, tendre corrupteur d’âmes,
Tu rallumes en nous d’étranges incendies,
Mêlant l’or du soleil aux cendres et aux flammes
D’un désir ancien que l’hiver avait fui.

Les lilas sont trop doux et leur douceur est un piège,
Ils murmurent des mots qu’on ne comprend qu’à demi,
Et dans leur souffle lourd mon esprit se protège
D’un vertige ancien, d’un lumineux ennui.

Je marche, halluciné, sous les clartés nouvelles,
Chaque rayon m’éventre et m’ouvre à l’inconnu,
Car vivre est un poison aux saveurs éternelles,
Dont le beau jour n’est rien qu’un éclat ingénu.

Mais qu’importe, je bois cette aurore sauvage,
J’enlace sa splendeur comme on serre un remords,
Et dans l’air tiède et fou, vaste et sans rivage,
Je renais… et me perds, … plus vivant, plus mort.

T. J.